dimanche 11 mai 2014

Un remède de bonne femme

 
L’homme (et la femme) politique français était-il malade ?
Je me posais très sérieusement la question, ce soir-là.
Malade mentalement, il (elle) l’était sans conteste.
Mentalement ?

(ma rêvasserie dériva : ne devait-on pas subordonner toute prétention à une fonction élective à l’obtention d’un certain niveau aux tests de QI les plus simples ? La psychométrie était sans doute une science imparfaite, mais il était certain qu’en dessous d’un certain seuil, il y avait vraiment un problème.
Ne voulant pas barrer l’accès à la vie politique à des intelligences médiocres qui en font tout le charme, j’aurais fixé ce seuil à, disons, 90 de QI (100 étant la moyenne). La racaille d’en haut aurait continué à nous faire rire. Bref, le couperet ne serait tombé qu’au niveau du crétinisme au sens médical du terme.)

On m’aurait objecté que de véritables simples d’esprit n’auraient pas fait plus mal que les habiles abrutis que nous avions aux manettes.
Oui.
Cela exigeait réflexion.
Là-dessus j’ai repris mon bouquin. C’était Trois Hommes dans un Bateau, vingt fois relu ; l’un de ces amis fidèles qui m’accompagnent dans mes solitaires pérégrinations nautiques.

Une thérapie économique


L’homme (et la femme) politique étaient-ils physiquement malades ?
C’est la question que me suggérait Jerome K Jerome quand il décrivait les symptômes de cette insidieuse  indisposition : « a general disinclinetion to work of any kind » (un dégoût général pour quelque forme de travail).
Cette horreur de l’effort, Jérôme (je francise) feignait de s’étonner qu’elle pût être soignée, non par des pilules, mais par quelques tapes vigoureuses appliquées sur le côté de la tête. « Et aussi curieux que cela puisse paraître, ces tapes m’ont souvent guéri (…). Vous savez, c’est souvent comme ça, ces remèdes de bonnes femmes sont souvent plus efficaces que toute la pharmacopée ».

Un dégoût profond pour toute forme d’effort : le personnel politique, et tout ce qui gravitait autour, journalistes, z’artistes, était très fatigué, c’était évident, après de nombreuses décennies de consanguinité dégénérative.
Comment soigner tout ce monde ?
Pour mieux y réfléchir, j’ai éteint la lumière parcimonieuse de ma cabine.
J’ai d’abord songé à une grande maison de repos bisounours. Quelques travaux manuels, bêchage, labourage, élevage de gentilles vaches à traire (cela, ils connaissent déjà) auraient occupé le quotidien. Finies, les harassantes réunions et les épuisantes parties de croche-pied entre collègues !
Puis j’ai pensé à un remède moins dispendieux ; davantage à la portée d’une France au bord de la banqueroute, et que seule la générosité de donateurs désintéressés, sinon au paiement des intérêts de la dette, évitait d’être mise en faillite.
La solution, c’était évidemment  le clump.
Ces clumps sur le côté de la tête, dont Jérôme disait qu’aussi étrange que cela puisse paraître, ils l’avaient mieux soigné que des boites entières de pilules.

(Une thérapie économique, peu d’effets secondaires,  c’est les labos pharmaceutiques, la SS, Roselyne Bachelot qui serait contente !)

Divertissement à la française


Qui n’a rêvé de gifles et de coups de pied au cul, distribués sans parcimonie, pour réveiller les intellects en veilleuse, les courages endormis ? De ces pare-à-virer qui réveillent les somnolents, de ces soufflets qui sanctionnent mieux qu’un long discours, de ces bottages de fesses qui rafraîchissent les méninges (attention, pas de bavure : certains ont l’oignon fragile), de ces torgnoles qui font retrouver la mémoire et stimulent les synapses paresseux.

Je confiai mon projet à un ami (d’où sortait-il, celui-là ?). Il intervint :
- On n’y suffira pas. Ils sont trop nombreux. On s’y est mis par centaines de mille, aux jours de colère. Ils n’ont rien senti. La baffe électorale, ça n’a pas marché non plus… Alors ?
- Tu n’y es pas, mon vieux. L’heure n’est plus aux symboles, aux minauderies, aux gracieusetés. Je te parle de véritables coups de pieds au cul, pas d’ersatz. 
- Tu rêves. Les pieds nous démangent, mais les culs sont haut placés, et bien protégés.
- D’autres ont su…
- Je vois. Une Révolution.
- En principe, je suis contre. Elles n’ont jamais apporté que le pire. Juste un moment de défoulement, que nous procurerait un chambardement bon enfant. Au final, pas de grands mots, pas de têtes sur les piques, pas de bourgeois à la lanterne. Juste un divertissement à la française. Léger. Populaire mais pas populacier : songe à ces belles journées que seraient celles du coup de pied au cul, administré aux nullardes et aux nullards qui prétendent diriger la France, lui faire franchir les plus hauts obstacles, et trébuchent sur les moindres taupinières.
- Il y en a de plus ou moins méritants, il faudrait être équitable.
- Tu as raison. Il faudrait établir un barème. Une simple connerie, genre Laurence Rossignol, une torgnole par connerie.
- Elle va avoir la tête qui tourne.
- Brick Nicole, idem, et un an de soupe populaire.
- Perrichon Nicole, une baffe par cent mille contraventions annuelles pour excès de vitesse … Disons, une baffe et demie, en gros.
- Valls Manuel, un coup de pied au cul chaque fois qu’il prononce le mot « république ».
- Le boulet nommé Désir
- Là, ça va être du lourd. Taloche et bottage d’arrière-train. Avec circonstances atténuantes. Il ne sait pas toujours ce qu’il dit, d’autres le lui soufflent.
- Le grand bazar oriental…
- On fera un prix de gros.
- NKM, qui a pris le métro, et qui y a vu comme un moment de grâce…
- Double ration, pour stupidité et trahison.
- Montebourg, Moscovici, Hamon ?
- De bonnes têtes à claques.
- Kader Arif, Fleur Pellerin ?
- Faut-il baffer l’incompétence ?
- Aubry ?
- On prendra soin d’elle avec beaucoup de care.
- Taubira ?
- Reconduite musclée en Guyane, chez elle comme elle dit, puisque tout la gonfle, en France.
- Filipetti ?
- Les mandales, elle connaît. Changeons de cible.
- Morelle Aquilino ?
- Botté avec des chaussures de luxe.
- Strauss-Kahn ?
- Pan-pan cul-cul. On choisira une main de femme.
- Il est capable d’en redemander, le vicieux.
- Fabius ?
- Transfusion de coups de savate.
- Et Hollande ?
- Traitement présidentiel.

« À l’Est ou à l’Ouest ? »


Et ça défilait. Le jury délibérait peu, type Fouquier-Tinville, mais dans une ambiance de Foire du Trône. Les accusés étaient conduits au tribunal avec de simples bourrades, les gardiens étaient du genre bon enfant, avec de bons visages de paysans et d’ouvriers, d’artisans et de modestes entrepreneurs. Leur figure ne ruisselait pas toujours d’intelligence, mais la haine était absente, ou bien soigneusement cachée sous l’hilarité de voir les puissants de la veille rabaissés comme l’avait été auparavant la piétaille. On avait viré de bord. Les grands étaient devenus les petits. L’avant-garde, qui auparavant donnait le ton et disait le bien, était devenue l’arrière-garde, conduite au pas cadencé : « han, dé ! han, dé ! ». La sentence tombait.
Pas de bois de justice, pas de couperet : baffes et coups de pieds au cul.

Il y avait des protestations, des indignations. Des énarques discouraient. Des politiques reconnaissaient des erreurs, ils avaient été mal conseillés, mais exigeaient un vrai procès, et un châtiment moins dégradant. On se gaussait. Un vieux marin à favoris résumait : « Le peloton d’exécution, pour la bigaille ? Failli chien de buraliste, qu’est-ce que t’as à groumer ? t’auras droit au remède des gamins, la pavoine. Pare à virer ? Envoyez ! »
Najat protestait au nom du droit des femmes à ne pas être molestées. Un exécuteur des basses œuvres rétorquait : « Vous avez voulu l’égalité, vous l’avez. »
Coups de pied au prose sans distinction de race ou de sexe. Ségolène hoquetait : une ignominitude, et se plaignait de n’avoir pas eu droit à un défenseur, oubliant les qualités de la justice à la chinoise, simple et rapide.
On proposait le choix à Cécile : « À l’Est, ou à l’Ouest du méridien de Greenwich ? »

Avant d’administrer le remède salvateur, l’officiant ou l’officiante (on établissait une rotation non discriminatoire, il y avait tant de pain sur la planche) scandait : « Demi-tour… droite ! ».
« Allons, un peu de bonne volonté ! Penchez-vous. Vous n’allez presque rien sentir », disaient certains dans le style médical.
D’autres prenaient un ton compassé : « Si Monsieur avait la bonté de tendre un peu le postérieur… »
Baffes et coups de pied au cul.
Certains partaient en se frottant la fesse qui disait merde à l’autre. Brassens aurait bien ri. BHL rétablissait le savant désordonné de sa coiffure…
C’était bon enfant. Plein de gaieté et de bonne humeur gauloise.

Lavage de cerveau


Un autre copain, qui ressemblait à l’idée qu’on se fait de Harris, bourru, barbu, le nez rouge, proposa de chanter des chansons comiques tandis que les prévenus (prévenus, ô combien, et depuis combien de temps !) recevaient leur médication.
Je protestai ; ça, ce serait trop cruel.
Cependant, on en venait aux cohortes des journalistes, des universitaires, des sociologues, des démographes, des publicitaires, des humoristes, des économistes, des politologues, des éducatologues, des sexologues… des pompiers incendiaires d’assoces, aux mines chafouines et au verbe haut, et qui maintenant courbaient l’échine ; de ces bienfaiteurs de l’Humanité, qui jamais de leur vie n’avaient accompli une seule heure de travail honnête, comme disait Conrad.

Pour les politiques, ç’avait été rapide. Là, c’était plus délicat.
Il y avait des gens qui avaient fait des livres, et qu’on ne pouvait appeler des écrivains ; des gens qui avaient fait des toiles, et qu’on ne pouvait appeler des peintres ; des gens qui avaient fait de la musique, et qu’on ne pouvait appeler des musiciens ; des metteurs en scène, qu’on ne pouvait appeler des cinéastes…
Le Président du jury haranguait ses troupes :
- Attention ! Il ne s’agit pas de juger le fond ou la forme. Nous ne sommes pas là pour ça. Le navet, même cultivé extensivement, n’est pas un objet de délit. Nous sanctionnons seulement l’œuvre z’artistique qu’en tant qu’outil de propagande !
Ce n’était pas facile, sauf s’il s’agissait de quelque machine évidemment destinée à décérébrer le Français moyen, dans le genre de « Plus belle la Vie ».
Des témoins apportaient des bouquins, des photos, des cassettes vidéo, des enregistrements, les distribuaient à des experts en lavage de cerveau.

Il y avait beaucoup de non-coupables, au bénéfice du doute. Des sympathies jouaient. Untel ou Unetelle avaient du talent. Kassovitz avait obtenu un César. Le Président observa que Leni Riefenstahl ou Sergueï Eisenstein en avaient aussi, du talent, mis au service de sales idées. 
Balasko les avait bien rire.
- Pas dans ce film, remarquait un examinateur. Un policier. Cette femme-là… C’est fou, quand un acteur se met en scène, ce que ça peut produire comme naveton…
- Sinon ?
- Une petite promo de l’homosexualité masculine, glissée dans le scénar.
- Bof.
- Côté navet, j’en ai un autre, dans le genre comique. Pas pu aller au bout. Et le pauvre Carmet qui s’est fourré là-dedans. Un sac de merde.
- Ça lui va bien. Balasko, ses idées politiques étaient à la hauteur de ses talents de scénariste.
- Non, non. Sac de Noeuds, c’est le titre du film.
Et la cassette alla rejoindre des milliers d’autres, dans les poubelles débordantes. Trente ans de littérature engagée, d’artistes à messages, de journalisme bien-pensant, d’orthodoxes de la contestation, d’éradicateurs de mauvaises pensées, d’indignation sélectives, d’inquisition chattemite, de piafferies à micro, cela cubait.

On baissait les bras.
Les examinateurs se frottaient les yeux de fatigue.
-Dupont Lajoie, réalisateur Yves Boisset, 1974. Une jeune fille violée, et par qui ? Une sale franchouillard, bien sûr. Comme s’il n’y avait pas d’autre choix, plus probable…
La cassette voltigea vers le tas d’ordures.
- Et celle-là, qu’est-ce que vous en pensez, patron ? Un type qui se transforme en chien, ou le contraire. Ça s’appelle Didier. Drôle comme tout.
- Et alors ?
- Sans rapport évident avec l’histoire, y’a une manif’ de bourgeois qui crient : « Ni bâbord, ni tribord, la Nation d’abord ! » « Des cons », commente Bacri qui doit vivre dans une mansarde, et gagner le SMIC.
- Bacri, j’adore ! Mais ce n’est pas la question. Vous en avez vu beaucoup, de ce genre de défilé, dans les années quatre-vingt dix ? Ils auraient pu trouver des manifestants plus crédibles. Ensuite ?
- La manif est encadrée par des gros bras genre néo-nazis.
- Exemple évident de conditionnement subliminal, conclut le Président qui aimait les mots savants, mais ne les employait pas toujours à bon escient. Le réalisateur, le scénariste ?
- Alain Chabat. Il est vraiment très drôle, dans le rôle du chien. Et l’histoire est marrante…
Didier fut innocenté, parce qu’avant tout on aimait rire, et qu’on n’avait pas de rancune.

La Journée des Giroflées


Finalement, on décida d’amnistier, en bloc. Il y avait trop de monde, et c’était l’heure du casse-croûte, et puis Georges avait l’habitude de manger à heure fixe, sinon son estomac lui jouait des tours, ce qui le rendait inapte pour son travail à la City. Harris se gaussa : il appelait ça du travail !
Des bouteilles furent débouchées (celles d’Harris étaient déjà vides). On porta des toasts. Aux Français. Aux Musulmans de France. Aux Juifs de France. Aux Chinois de France. Aux femmes de France et d’ailleurs. Aux Africains de France. À tous ceux qui aimaient la Maison France.
C’était le Grand Pardon, par la vertu curative de quelques nasardes et coups de pompes dans le derche. Du Molière !

Il y avait des discours un peu pâteux, des plaisanteries vaseuses, et on riait, à en étouffer. On se tapait sur les cuisses.
Un artiste grattait sa guitare et chantait :
« Ô vous les arracheurs de dents,
« Vous les cafards les charlatans,
« Les prophèèètes !
« Comptez plus sur le contribuab’
« Pour payer les violons du bal
« À vos fêtes !
Et on reprenait en chœur :
« À vos fê-ê-tes ! »

C’est Brassens qui aurait été content !

On décida de faire de ce jour une grande fête de la Réconciliation des Français, jour férié naturellement, qu’on célébrerait chaque année sous le nom de :

LA JOURNÉE DES GIROFLÉES

Je rigolais, je rigolais.
C’est cela qui m’a réveillé.

                                                      *************

Petit lexique, d’après Armand Hayet, ancien Capitaine au Long Cours

Bigaille : Pour les pécheurs, le menu fretin. Par extension, les gamins, tout ce qui n’est pas un « homme ».

Failli chien de buraliste : Failli : bon à rien ; buraliste : confusion avec bureaucrate, fonctionnaire.

Bourrade : coup de poing appliqué sur le dos d’un marin faisant peu d’effort pour hâler une manœuvre, et de ce fait augmentant le travail de ses camarades.

Groumer : rouspéter.

Pare-à-virer : vigoureuse manifestation de mécontentement administrée au matelot indécis ou paresseux, pour le rappeler à son devoir. Pare à virer est le premier des ordres précédant un virement de bord. Il est suivi de « envoyer », qui indique au timonier d’aller au vent, tandis que l’équipage manœuvre la voilure.

Pavoine : gifle.

3 commentaires:

  1. A l’attention de René-Pierre Samary
    La lecture de votre blog 2014 m’a inspiré des commentaires.
    Je souhaiterais vous les transmettre par messagerie (Fichier pdf – 272 Ko).
    Pouvez-vous me communiquer une adresse permettant l’opération ?
    Merci et bonne journée.

    Daniel LUTRIN
    133 chemin de la Valette
    38460 – Vénérieu
    FRANCE
    ------------------------------
     33 04 74 92 89 09
    danga.l@orange.fr
    Ce courrier et ses pièces jointes sont établis à l'intention exclusive de ses destinataires. Si vous recevez ce message par erreur, merci de le détruire et d'en avertir immédiatement l'expéditeur par e-mail.
    This mail and attachments are solely intended for the addressees. Should you receive this message in error, please delete it and immediately notify the sender by e-mail.

    RépondreSupprimer
  2. Pourquoi ne pas les envoyer ici ?
    Cordialement, RPS

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. A l’attention de René-Pierre Samary
      Ce que je souhaitais vous dire s’inscrit dans la recommandation faite dans L’Instinct de Conservation que vous citez dans votre billet du 30 avril : « Immodeste et sans vergogne, l’Occident gagnerait à retrouver cette retenue, cette réserve qui correspond à l’art de maintenir l’ordre privé séparé de l’ordre public. ». Mes commentaires relatifs à vos écrits relèvent, à mes yeux, de l’ordre du privé et je ne souhaitais pas les exposer en public. C’est mon choix en matière de communication sur Internet, depuis bientôt dix-sept ans.
      Très courtoisement.
      Daniel LUTRIN

      Supprimer

Publiez un commentaire